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Abîmes poétiques : le forum » Vos textes (publication libre) » Archives octobre 2005 - mai 2006 » Anna des neiges « précédent Suivant »

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(Intervenant non inscrit)
Envoyé vendredi 30 décembre 2005 - 2h30:   

Livide, le regard en reflet dans le miroir d'argent, elle avait horriblement peur.
Il était à peine 20 heures. Anna venait juste de finir son dîner. Repas frugal, minceur oblige. Cette blanche image au dos du tain l'effrayait. Sa peau rêche et défraichie n'en finissait pas de se froisser depuis bientôt six mois. Face ténue blême. Joues par trop creuses. De ses lèvres en finesse, le rose, en berne, s'était décati. Le noir de ses yeux hagards enfilait l'allure de deux bouts ronds d'encre de Chine déversés sec sur un fond neige.
Un froid austère et lugubre s'y ressentait.
Une odeur étrange lui frôla soudain l'esprit.
Mourir! oui... la mort n'exhale-t-elle pas ses funestes haleines avant d'aspirer, sous le brun marteau du silence, ses proies en terre.
S'éteindre si jeune comme une bougie à la mèche avariée, elle n'y avait jamais songé... avant. Partir sans avoir eu le temps de dire j'ai osé mais.

Elle... qui rêvait d'aventures Ushuaiennes voyait déjà son corps faire ses valises.
Elle... qui n'eût du gémir que les sures senteurs du rugueux déplaisir.
Elle... qui n'a du lendemain qu'un mépris fort hautain.

Elle se surprit aux premières lueurs de l'aube à se rêver geisha.

Masque d'un matin.

Oublier le mystérieux mal qui la fanait. Ce mal qui s'enracinait en son être sans avouer son nom. Elle en était à sa cinquante deuxième consultation, allant de cabinet en cabinet maudissant, à chaque fois, jusqu'au vortex, jusqu'au bas-ventre les férus disciples d'Hippocrate. Une seule et invariable réponse : " Mademoiselle, il n'y a vraiment pas de quoi vous inquiéter, vous respirez la bonne santé, mais il est vrai que le teint et la peau...". Personne n'a su ou pu diagnostiquer ses tourments.
Elle se sentait, par moments, comme folle et.. hantée, elle s'écriait à voix mi-haute, la rage au coeur :"Et ce teint de plus en plus blanc!!! Cette...peau qui se plisse, c'est quoi!!!". Peut-être n'était-elle qu'une fleur et que, passé ce fameux temps, une fleur ça s'étiole tout simplement. Elle aurait eu des génes de rose ou de jasmin ou de lilas. C'est peut-être ça se disait-elle. Depuis toute petite, elle sentait bon et ses senteurs pénétraient partout où le vent se faufilait.
Anna sentait, de tous ses pores, le doux parfum des neiges...même en été.
otta (Intervenant non inscrit)
Envoyé vendredi 30 décembre 2005 - 10h56:   

magnifiques images... tellement d'émotions... magnifiquement écrit...

un vrai régal

Merci "intervenant non inscrit"
Tm (Tm)
Identificateur : Tm

Inscrit: 1-2005
Envoyé mercredi 04 janvier 2006 - 13h57:   

La femme-fleur, toujours...
Beau texte. Où fantastique et poésie se rejoignent sans trahir la réalité -car vue de l'intérieur.

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