Rienadire (Rienadire)
Identificateur : Rienadire
Inscrit: 2-2005
| Envoyé samedi 18 novembre 2006 - 1h52: | |
Au début de juillet, en cette année de grâce 1710, par un temps extraordinairement chaud, sorti de la chambrette qu'il occupait en sous location dans la rue des Saints Innocents, il sortit, et, lentement, se dirigea vers le pont de la mort. Au milieu du pont, des ouvriers s'affairaient joyeusement à dresser une nouvelle potence, entre les deux déjà érigées, mais beaucoup plus haute. C'était donc un jeudi soir puisque traditionnellement les éxécutions publiques se faisaient le vendredi, jour de marché. Trois potences, c'était exceptionnel. Grâce à Dieu, rares étaient les jours de marché sans executions, mais trois executions le même jour, le peuple n'aurait pas à se plaindre et les marchands de beignets allaient faire de bonnes affaires. Thomas se promit de passer. Non qu'il fut friand de ce genre de spectacle, qui ne l'émouvait que très peu, pour tout dire il etait blasé, se piquant d'être un fin connaisseur en la matière depuis qu'il avait eu l'occasion, à Paris, d'assister au supplice de la roue du régicide Damiens. Il y pensait souvent, ce souvenir restait très vivace, dix ans aprés il entendait encore les cris du supplicié, les grondements de la foule, cela le troublait encore et reveillait en lui d'étranges sentiments ou se mélaient la peur et la fascination. Cela n'avait rien à voir avec le terne spectacle de demain dans cette modeste bourgade. Mais enfin, trois pendaisons le même jour, il n'allait pas faire le fine bouche. Oui, demain, il sera là. Pourquoi la potence centrale est-elle plus haute que les deux autres? Etait ce l'importance du personnage, ou bien comme un hommage à l'exeptionnelle atrocité du crime que l'on voulait punir? Il mit fin à ces pensées qui n'étaient pas dignes d'un bon chrétien, n'était-ce pas le diable qui les lui inspiraient? Il faudrait qu'il s'en ouvre à son confesseur. Depuis combien de temps ne s'etait il pas confessé, depuis plusieurs semaines déjà il n'avait pas pris la sainte communion et pire il n'était pas allé à la messe dimanche dernier.Son confessur sera encore furieux. Même si son confesseur est à l'occasion son amant, même s'il nourit pour lui de tendres sentiments, il occupe sa fonction avec une grande conscience professionnelle et ne badine pas avec avec les regles de la trés sainte église catholique, apostolique et romaine. Le soleil se couchait sur le fleuve, coloriant de feu et de sang la partie occidentale du ciel, rougeoyant les nuages en un féérique ballet.De l'aure côté de l'horizon la lune ne s'était pas encore levée, elle se levera dans une heure ou deux, Thomas devinait sa présence, sentait monter en lui ses effets, c'etait une pleine lune.Il serat bientôt envahi par d'etranges pulsions, quelquechose s'emparera de son esprit, quelque chose d'épouvantable mais envoutant et iressistible.La lune est elle sorcière?Entretient elle commerce avec Satan?Il frémit et se signa.Il parvint à oublier ces pensées et se retrouva dans le quartier des prostituées ou il savait qu'il rencontrerait Sarah. Sahra était une enfant de quinze ans. Malgré son métier, qui consistait à offrir son corps en échange de quelques pièces de monnaie, elle dégageait une aure de pureté.Elle aimait bien Thomas, elle se donnait parfois à lui gratuitement.Elle etait belle, sauvage,mais ce qui attirait Thomas c'était ce mélange d'innocence et de perversité. Il se reveilla dans une pièce, sur une paillasse.Il se sentait bien. Apaisé.L'esprit calme et vide.Qu'avait il fait dans la nuit? Il n'aurait su le dire. La porte s'ouvrit et il se retrouva devant son confesseur qui lui apprit qu'il avait pendant la nuittué une enfant, une chose épouvantable même si cette enfant n'etait pas chrétienne. Thomas se mit à pleurer, à pleurer sur Sarah, à pleurer sur cette petite fille pure qu'il aimait tant, qui lui avait tant donné... Mon père pardonnez moi car j'ai beaucoup péché... Et il raconta tout, sa mémoire s'était reveillées d'un coup.Il raconta ses yeux, il raconta le noir de ses yeux, il raconta la peur dans ses yeux, la peur dans sa voix, aux intonations qui le faisait frissonner, qui ressemblaient tellement à une autre voix entendue jadis à Paris et qui avait occasionné le premier orgasme de sa vie, il raconta qu'il avait plongé dans ses yeux, qu'il etait renté dans sa voix, qu'il avait un avec sa peur à elle et en avait eprouvé comme une félicité, qu'il avait sérré très fort, de plus en plus fort en lui disant « je t'aime », en lui disant « je te rejoindrai. » Son confesseur était très ému, et tout prêt à lui donner l'absolution de ses péchés.Il fit tout de même remarquer que ce péché s'aggravait de celui d'infidélité envers celui qui s'occupait charitablement de son âme, et de son corps aussi, car » enfin, » lui demandat il, »avait il à se plaindre de son amant? » Aussi quand Thomas parla de la messe qu'il avait manqué un dimanche,le prêtre entra dans une sainte et furieuse colère et refusa tout net l'absolution.Thomas eut un sanglot,il ne put se retenir de mettre sa tête sur les cuisses de son confesseur, et sa main droite, pendant qu'il pleurait à chaudes larmes,s'imisça sous la soutane, remonta doucement, tendrement vers de bas ventre, de sorte qu'elle atteignit au final un sexe dur et palpitant. Ainsi Thomas fut absoutde ses péchés. Il y avait foule sur le pont.Les gardes donnèrent force coups de batons pour que la charrette transportant les condamnés puisse se frayer un chemin jusqu'aux potences. Par courtoisie, c'est la femme qui fut pendue la première.Elle se rebiffa un peu, gesticula, poussa des cris et la foule applaudit châleureusement. S'il avait été possible de revenir du royaume des morts, elle été aurait été bissée Le deuxième condamné sembla résigné et totalement absent, comme s'il n'avait pas été réellement concerné, cela alla très vite et quand il se balança au bout de la corde, on n'entendit que quelques applaudissements de pure politesse. Thomas avait devant lui la potence centrale, la plus haute.Alors qu'on lui passait le noeud coulant autour du cou, il se dit qu'ilsera idéalement placé pour contempler ce soir le coucher de soleil sur le fleuve.Le spectacle sera féérique, alors de son corps se détachera son âme, et il s'envolera vers l'horizon, derrière les nuages rouges enflammés et magnifiques, vers Sarah qui l'attendra. |