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Auteur Message
M-C Escalier (Mariechristine)
Identificateur : Mariechristine

Inscrit: 12-2003
Envoyé mercredi 26 avril 2006 - 20h18:   

...
*

Il est là, sur ce banc, étranger à tout, vraie loque sans visage. Et quand tu passes devant lui, c’est comme si on te harponnait le cœur. La corde tendue te tire en arrière vers son gouffre. Et tu tombes au fond de toi. Dans l’angoisse. Tu ne veux pas, non tu ne veux pas le remarquer. Tu regardes tes mains. Sont-elles blanches ? Ton regard est-il clair ? La misère est-elle contagieuse ? Tu ne veux pas, tu ne veux pas et tu t'enfuis. Lui resté sur le banc ne t’a pas vu. Il a pourtant laissé en toi l'empreinte sale de la peur.

Comme les crabes la nuit venue remontent sur la plage si nombreux si nombreux qu’on ne soupçonnait pas, ils ressortent seuls ou en grappes du coin d’un porche, d’un fond de square, du dehors emmuré, pour investir la rue. Les voici parmi nous de plus en plus visibles. Leurs contours se précisent. Leur masse densifiée peu à peu se colore de la teinte terreuse du déchet. Nul désormais ne peut prétendre ne pas les voir, massés là aux frontières de nos cœurs grelottants. Les mains agrippées au volant à l‘abri de nos cages, nous pressentons que l’effet Faraday ne nous protègera pas bien longtemps.

C’est comme un orage sec, sans tonnerre et sans pluie, une violence de plomb sur la vie engourdie que chacun traverse le cou dans les épaules. Coups d’œil furtifs à droite, à gauche, la main toujours posée sur la carte bancaire. Ne pas dévier, ne pas tomber, la tête droite au-dessus de la vague tendue vers un ciel gris, avec pour seul ressort de ne pas rejoindre ceux-là qui flottent tels des bouchons, arrachés du goulot des bouteilles à la mer.

Tenir. Tenir bon tenir pied tenir tête tenir à bout de bras tenir debout sur un sol qui s'échappe tenir à quoi ? Tenir. Toi, moi, eux, parallèles, dans un même mouvement de sur-place équilibriste. On pédale on pédale et la maison s'éloigne d’autant, comme Achille et la tortue figés pour l'éternité dans leur course. Le paysage n’en défile pas moins. Les vallées succèdent aux plaines et les gorges aux collines. Le ciel s’assombrit à mesure. Nous contemplons tout cela, paumes contre la vitre, comme de grands enfants envoûtés tombés dans l‘aquarium. Tenir. Tenir compte tenir parole se tenir près. Se tenir par la main ?

(à suivre)



mce
André Carruzzo (Dreas)
Identificateur : Dreas

Inscrit: 1-2005
Envoyé jeudi 27 avril 2006 - 10h15:   

Il est vrai que rencontrer la misère effraie. Malgré la peur et une sorte de désespérance (et comme dans ces mauvais rêves où - poursuivi par qui ? - l’on court pareil à "Achille immobile à grands pas") il y a, sous forme de question, cette perspective : "se tenir par la main", qui est peut-être la réponse, non ?
M-C Escalier (Mariechristine)
Identificateur : Mariechristine

Inscrit: 12-2003
Envoyé jeudi 27 avril 2006 - 13h40:   

une question, hélas, seulement une question. Car la réponse n'est pas individuelle
André Carruzzo (Dreas)
Identificateur : Dreas

Inscrit: 1-2005
Envoyé jeudi 27 avril 2006 - 14h41:   

Certes… bien que je ne croie pas, dans ce domaine, à l’efficacité des "grandes déterminations" politico-nationales ; elles sont quasiment toutes inspirées par l’électoralisme. Mais on peut se tenir la main entre habitants d’un même immeuble, d’un même quartier. Et si ça se faisait dans tous les immeubles, dans tous les quartiers…
M-C Escalier (Mariechristine)
Identificateur : Mariechristine

Inscrit: 12-2003
Envoyé jeudi 27 avril 2006 - 15h27:   

je pensais moins à une réponse politique (quoi que ça y participe pleinement) qu'à un état de société dans sa plus grande gobalité. Et ça, c'est de la responsabilité aussi bien du politique et du citoyen que de l'artiste ou du partenaire socio-économique, etc. Mais bien sûr, rien n'empêche en attendant de faire le monde à sa mesure sur son propre palier. C'est déjà ça
Tm (Tm)
Identificateur : Tm

Inscrit: 1-2005
Envoyé vendredi 28 avril 2006 - 16h01:   

"Tenir compte tenir parole se tenir près."
Voilà qui pour le moment exclut non le politique mais les politiciens, hélas.
"tenir debout sur un sol qui s'échappe" -voilà qui relie toutes les misères entre elles, chez ces vivants doués de conscience que nous sommes.
M-C Escalier (Mariechristine)
Identificateur : Mariechristine

Inscrit: 12-2003
Envoyé samedi 29 avril 2006 - 11h10:   

de toi à moi, je n'adhère pas au discours con comme d'habitude des medias qui serinent à longueur de temps "politiciens, tous pourris".

Si c'est vrai dans certains cas, je crois surtout que la politique est l'affaire de tous et qu'il s'agit non seulement de se choisir de bons représentants, mais aussi de faire valoir ses opinions dès qu'on le peut dans les instances représentatives.

Ces connards de journalistes n'ont réussi qu'une chose, gravissime, amener les gens à se désengager de leur propre destin
Tm (Tm)
Identificateur : Tm

Inscrit: 1-2005
Envoyé samedi 29 avril 2006 - 18h43:   

La politique est l'affaire de tous, tu as raison (ah! la république de Kant!), mais la une des media est monopolisée par des politocards qui s'écoutent mentir! Il me semble qu'en matière de duperie, ils reculent de plus en plus les limites.

Les journalistes, c'est tout ou rien. Les plus honnêtes d'entre eux sont confinés dans une minorité peu suivie par le grand public. C'est le hic! Pour ma part, je les trouve bien complaisants avec les grands guignols qui occupent le devant de la scène...
M-C Escalier (Mariechristine)
Identificateur : Mariechristine

Inscrit: 12-2003
Envoyé samedi 29 avril 2006 - 20h41:   

Je n'ai pas la même analyse. Les medias ne sont pas complaisants avec les grands guignols politiciens. Ils les crée, nuance de taille.
Les medias ont besoin de la Politique Spectacle pour faire de l'audimat. Ils montent en épingle la moindre petite phrase, fondent comme des faucons dès qu'il y a un soupçon d'affaire, la bave aux lèvres en songeant au scoop. Au besoin, ils montent de vrais traquenards dans lesquels les politiciens doivent se dépatoullier avec questions minées, histoire de conforter le consommateur télévisuel dans la leçon qu'on lui a apprise (repeat after me, politiciens tous pourris). Au mieux, ils déconsidèrent cette profession en invitant dans la même émission un politicien, un acteur et un sportif et en donnant le même poids à leurs réponses. Et c'est bien les journalistes qui ramènent tout débat politique à des histoires de guéguerre entre personnes en occultant systématiquement les débats de fonds. Les politiciens sont prisonniers de ce système et ne peuvent que jouer le jeu s'ils veulent avoir leur 5 mn d'antenne.

Quant aux journalistes eux-mêmes, je ne pense pas qu'il s'agisse d'une question individuelle, de bons ou de mauvais. C'est un problème fonctionnel lié aux objectifs économiques de l'information aujourd'hui. Faire de l'audimat, c'est recevoir la mane de la publicité. Alors on en donne aux gens pour leur argent pour en faire soi-même. The show must go on. Vive le grand spectacle. Vive le cirque. On dirait Rome et ses jeux.

En attendant, l'électeur n'arrive plus à faire la différence entre le JT de 20 h et les Guignols de l'info. Total, il ne se déplace même plus au 1er tour des élections présidentielles (municipales, législatives), et vote pour de petites formations exotiques au second tour, histoire de montrer qu'il n'est pas content. En attendant toujours, les syndicats toutes obédiences confondues sont en déliquescence totale, etc, etc. Bref, il se désinvestit de toutes les instances représentatives où le citoyen était censé donné son avis. Bravo la démocratie ! Et merci les medias. J'espère au moins que les actionnaires de l'Oréal ou Renault sont contents.

ça me révolte !
Nao (Nao)
Identificateur : Nao

Inscrit: 6-2004
Envoyé mardi 16 mai 2006 - 14h22:   

La politique est l'affaire de tous et donc "tous" on le pouvoir de faire changer quelque chose dans une vrai démocratie, dans une ploutocratie non.
M-C Escalier (Mariechristine)
Identificateur : Mariechristine

Inscrit: 12-2003
Envoyé mardi 16 mai 2006 - 14h45:   

Une "vraie" démocratie, ça n'existe pas. La démocratie est une utopie, une idée, pour laquelle il faut toujours combattre si on veut s'en rapprocher tant soit peu.

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